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Edson Arantes do Nascimento dit "Pelé"

Né le 21 octobre 1940 à Tres Corações (Brésil).

Vainqueur de la Coupe du Monde (1958, 1962, 1970); de la Coupe d'Amérique du Sud des Clubs (1961,1962); de la Coupe du Brésil (1968); de la Coupe intercontinentale des clubs (1962,1963) du Championnat des Etats-Unis (1977).

1 281 buts en 1 363 matches (0,93 but de moyenne).

Pelé a marqué 6 fois 5 buts en un match , 30 fois 4 buts , 90 fois 3 buts.

106 fois international.

sa biographie complète: site officiel (vidéos, photos)

Jouet d'amour, globe enchanté, boulet serti de diamants, balle d'or aimée, soleil que caresse le pied: il existe au Brésil dix et vingt manières de désigner un ballon de football, de rendre compte de ses trajectoires et de ses caprices infinis. Mais il existe un seul être capable de les résumer toutes à la fois, Pelé bien sûr, qui pour toujours, chat jouant à coups de patte avec une balle de cuir , incarnera la face positive de ce sport, sa joie et sa justification.

Au Brésil contraint et policé, le plus célèbre athlète de la planète a toujours opposé un Braaasiiilll ! Autrement chaleureux dont le rythme cardiaque bat à l'unisson d'un corps forcément pourvu de "trois cœurs" puisqu'il est né à Tres Corações!

Trente ans après son dernier match sous le maillot doré de la sélection nationale, vingt-six ans après ses adieux au Santos, vingt-trois après sa retraite définitive, le muscle le plus intime du champion au grand cœur ne vieillit pas puisqu'il ne vit qu'en fonction du lendemain et des promesses qu'il suppose. On pourra toujours moquer ses manières de camelot et ses allures de bateleur. Son manque de discernement qui le pousse (parfois) à défendre des causes dérisoires et à subir (souvent) le diktat d'initiatives hasardeuses. On pourra même rire de ses costumes estampillés aux couleurs de sponsor du moment. On ne parviendra jamais à égratigner sa nature et à remettre en cause sa popularité. Il y a peu, n'espérait-on pas de onze footballeurs français soudain élevés au pinacle qu'ils incarnent instantanément toutes les vertus du monde avant de constater, déçus, qu'entre les intentions et la réalité le chemin était hérissé d'obstacles encore plus rédhibitoire? Cette attente, ce rapport permanent entre le terrain et le public, entre la joie de jouer et celle de donner, ce perpétuel transfert de générosité et d'optimisme, Pelé l'a assumé mieux qui tout autre sportif de l'histoire.

 

Au fil des années, et à l'inverse de tant de retraités dorés récemment recensés, il n'a cessé de gagner en humanité et en reconnaissance. Jamais il n'a failli dans sa mission, ni galvaudé son message. Si tant est que le football puisse être encore considéré comme un pur divertissement, nul doute que Pelé en est le représentant et le prophète le plus crédible. Excusez du peu : non content d'avoir essainné sa passion sur la planète entière, fait bâtir des stades jusque dans les coins les plus reculés d'Asie ou d'Afrique, contaminé les Américains ou les Japonais plus que rétifs, le champion idéal a, de surcroît, toujours incarné ce que le football n'aurait jamais dû cesser d'être: un hymne au plaisir, une ode à la spontanéité, un feu d'article de buts et d'éclats. Reconnu de tous, apprécié du plus grand nombre, Pelé a pour principal mérite de ne pas avoir rompu les amarres. Sur le territoire qui est le sien, ce football pour lequel il se dévoue et qu'il sert autant qu'il peut, il jouit aujourd'hui encore d'un prestige incomparable. Pas comme entraîneur , pas comme technicien, mais comme propagandiste de choc. Face aux institutions, aux bureaucraties, aux injustices, Don Quichotte infatigable, il a toujours ferraillé avec constance.

Son ennemi juré, l'inconvenant Joao Havelange, eut à se plaindre de son bon sens, et les conservateurs et les rétrogrades de tous poils avec lui. Plus frileux dans ses prises de position qu'un Muhammad Ali, cela va de soi, Pelé n'a pas moins œuvré avec détermination pour ceux-là même qui partageaient son quotidien au temps de son enfance et de son adolescence. On l'oublie, mais la fameuse équipe brésilienne de 1958 qui favorisa l'éclosion de génie était à majorité blanche et l'on imagine que trop la fierté du plus jeune de ses sélectionnes bombardé trente-cinq ans plus tard ministre extraordinaire des Sports, ce que est déjà remarquable, mais qui plus est premier ministre de couleur de l'histoire politique du Brésil, ce qui l'est évidemment plus encore! Lorsqu'il fit adopter en mars 1998, par les chambres hautes et basses du parlement, la loi n° 9615, sa loi, Pelé marque qui son propre aveu le plus beau but de sa vie. Son initiative, qui dépassait le strict cadre de son sport , entendait assainir un milieu, offrir de nouvelles subventions, des équipements inédits et donner aux plus jeunes davantage de moyens encore pour pratiquer et s'exprimer. Prix international de la paix, ambassadeur de bonne volonté, athlète du siècle, sollicité par l'ONU, l'UNESCO et toutes les instances possibles et imaginables, Pelé pouvait, objectivement difficilement faire davantage. On se souvient qu'en 1969 lorsqu'il marqua son 1 000 but, l'inimitable dédia ce penalty "aux enfants pauvres du Brésil" et que, un an plus tard, en tournée au Nigeria, au seul prétexte qu'il devait disputer là une paires de matches amicaux, le même fit taire les canons pressés de réprimer la rébellion biafraise. La dédicace comme le cessez-le-feu furent éphémères, mais quel dirigeant, quel homme politique, quelle star du show-business peut revendiquer pareil détournement d'attention? Sur un stade de Lima, on peut lire une lourde plaque de marbre: "ici a joué Pelé". Et pareil à Bangalore, et pareil a Lusaka. Au temps de sa splendeur , à une époque où le FC Santos offrait au monde le meilleur du Brésil, un précipité de samba et de joie et de vivre inestimables, au gré de voyages aussi exotiques qu'interminables, le président Janio Quadros avait tout simplement élevé son meilleur footballeur au rang de "trésor national", au même titre que la dernière récolte de canne à sucre ou la prochaine production de bauxite. En vertu de quoi sa valeur marchande était dûment contrôlé et son éventuelle exportation soumise à la discrétion de seul gouvernement! "Comment épelez-vous Pelé?", interrogeait en surtitre de Sunday Times de Londres à peu près à la même époque . Et de répondre sur toute la largeur de sa une: G-O-D. Le trait était à peine exagéré. Il faut avoir fait le pied de grue devant tel bureau ou telle chambre d'hôtel de l'indispensable pour se rendre compte du supplément de responsabilité que ses admirateurs ont toujours fait porter sur ses épaules. On vient consulter Pelé, commme on rendre visite à un oracle. Pour qu'il résolve tout les petits problèmes de la vie, prévoie l'avenir et , pendant que l'on y est, guérisse la surface de la terre de toutes ses misères et de toutes ses maux. "Je vais partout où le football me réclame. Si c'était sur la lune, j'irais sur la lune" Quarante ans que cela dure. Quarante ans que le sportif le plus adulé jongle avec les fuseaux horaires et réduit le monde aux dimensions d'un plan de météo. Lorsque son père Dondinho, lui-même footballeur pro à Fluminense, jongla la première fois avec son rejeton, lorsque Waldemar de Brito, lui-même attaquant brillant, le prit sous son aile dans la foulée, combien étaient-ils à imaginer la trajectoire de l'exception ? Ses danses incessante, ses saillies perpétuelles, ses huit buts (deux fois quatre!) marqué le 21 novembre 1964 contre Botafogo. Et ses feintes incroyables, et ses passes merveilleuses ? Personne, sauf le destin. Cette curieuse baguette magique qui d'emblée désigna le frêle gamin, ses jambes ramassées et sa construction incertaine, pour qu'il offre au monde, grâce au football, grâce au langage le plus imagé et le plus universel qui soit, un parfait raccourci du bonheur.

'"L'Équipe - Un siècle de sports" Ed. Calmann/Levy

 






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